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Erelina

Fiche dans 'Galeries des membres' rédigée par Erelina, 20 Septembre 2014. Current view count: 5077.

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Le Roman sans nom

La noirceur résonnait dans le tunnel rocheux, faisant écho au silence humide qui stagnait dans l’air, lourd et inquiétant. Silencieusement, une ombre encapuchonnée se glissa à travers les débris qui jonchaient le sol irrégulier qu’aucune âme n’avait foulé depuis bien longtemps. Une torche à la main, elle scrutait les murs à l’affût du moindre signe, du moindre piège mortel qui assurerait la protection de ces lieux sacrés. Une ancienne magie vibrait dans la roche, une puissance primitive des premiers jours, brutale et meurtrière. L’atmosphère elle-même témoignait de la puissance de cet endroit, de sa dangerosité aussi. La prudence était de mise. Des ossements apparurent à la lueur des flammes, presque intégralement recouverts par les éboulements. Elle s’agenouilla près des dépouilles et les examina minutieusement. Les crânes défoncés reposaient aux côtés des corps auxquels ils avaient été violemment arrachés. Le sang séché qui entachait les plastrons déchiquetés et calcinés empêchait la reconnaissance des couleurs d’une nation. Un frisson d’horreur parcourut son corps et instinctivement sa main se glissa sur la garde de son épée. Se relevant avec souplesse, l’ombre évita les cadavres avec précaution et continua sa route. Combien de temps avait passé depuis son entrée dans cet endroit ? Combien d’heure avait-elle marché dans ce dédale, combien de fois s’était-elle égarée ? La fatigue et la faim se faisaient progressivement sentir, le sac en peau contenant les maigres provisions qu’on lui avait donné pesait contre son flanc tandis que les muscles de ses jambes se contractaient douloureusement, ne faisant qu’accroître son épuisement et alors même qu’elle ne pouvait se permettre le moindre repos.
Trésor, arme, mort, qu’était-elle partie chercher dans ce lieu étrange dont elle ne savait rien ? On l’avait jetée là comme on jette les condamnés aux fauves, sans aucune forme de pitié, sans même lui laisser le choix.
Elle se ressaisit brusquement, prenant conscience avec effroi que ses pensées étaient synonymes de haute trahison. Elle ne devait sous aucun prétexte céder au doute et à la peur ou seule la mort l’accueillera au bout du tunnel, l’échec dans le meilleur des cas… Puisant sa détermination dans cette affirmation, elle continua sa route d’un pas rapide, nerveux, sentant le temps défiler sous ses pas, interminable, jusqu’à ce qu’enfin le paysage change. Alors que la rassurante lumière des flammes éclairait de sa douce chaleur l’ébène des pierres, alors que dansaient les ombres en une ronde fiévreuse et guerrière dans ce tunnel sans horizon, brusquement la noirceur emplit l’atmosphère dans un souffle violent à la morsure glaciale, qui éteignit presque immédiatement la torche de l’inconnue. Elle s’arrêta en entendant le crissement de ses bottes sur le sol, comme si quelque chose se brisait. Ravivant prudemment son unique guide, elle releva la torche pour mieux éclairer les alentours, cherchant l’origine de cette froideur impromptue.

Le tunnel avait débouché sur un morceau de roche surplombé par une voûte immense, tandis qu’à ses pieds se dessinaient les contours d’un gouffre lugubre d’où provenait cet air froid et inquiétant qui, bien loin de rafraîchir et de soulager la marche interminable qui avait été la sienne, pénétrait ses vêtements pour glacer sa chair épuisée, faisant frémir sa frêle silhouette au même rythme que les pans de sa cape qui voletaient doucement à ses pieds. Aucun passage, aucune passerelle ne survivait au-dessus du vide, les murs étaient désespérément vierges de toute sortie : un cul de sac.
De légers reflets attirèrent son attention, l’absence de lumière avait maintenu dans l’ombre la fine couche de glace qui recouvrait les murs et le sol de la caverne. Des stalactites pendaient au-dessus de sa tête, tandis que le sol de givre crissait sous le noir de ses bottes, rendant sa position plus qu’instable. Deux questions s’imposèrent à elle : s’était-elle trompée de route ou la sortie se situait-elle dans ce gouffre ? Quelle que soit l’option, elle était perdue. Aucun escalier ne menait aux enfers, aucun fil d’Ariane ne la ramènerait à bon port, elle était seule sur ce promontoire. Ses yeux fouillaient avidement l’obscurité pour trouver une solution, mais seule une folle idée lui vint à l’esprit, une idée d’autant plus folle qu’elle n’osait évaluer ses chances de survie. Maudissant intérieurement son esprit téméraire, elle s’approcha d’une stalagmite située au bord du gouffre et d’un violent coup de pied la brisa pour la précipiter dans le vide. Elle ne chercha nullement à observer la chute qu’elle venait de provoquer, privilégiant l’ouïe à la vue. Lorsque la glace s’écrasa avec fracas dans le fond du gouffre, le bruit se répercuta sur la roche dans un écho assourdissant. « Pour la discrétion on repassera… » Murmura-t-elle lugubrement. Mais grâce à la résonnance du choc elle put rapidement évaluer la distance qui la séparait du fond et mis son plan à exécution. Elle sortit une corde de son sac et l’attacha solidement à la roche du tunnel. Elle la passa rapidement autour de sa taille et commença doucement sa descente en rappel, la torche dans une main, la corde dans l’autre. Les parois étaient glissantes et dut mobiliser tout son équilibre ne pas perdre appui, mais son entraînement finit par payer et elle atteignit tant bien que mal le sol de cette immense caverne. Tous les muscles de son corps la brûlaient et le froid avait atteint un degré affolant en bas, ses mains tremblaient suite à l’effort et elle eut toutes les peines du monde à se détacher. Elle dût abandonner à regret la corde, et entreprit d’explorer les environs. Quelque chose clochait dans cet endroit et elle le savait pertinemment. Un tel froid dans les profondeurs de la terre était tout sauf naturel, et son instinct lui criait de partir en courant. Mais pour aller où … ? Elle se fit violence et prit le temps d’observer les alentours avec prudence. Tout n’était que glace et silence, le froid s’épaississait de minute en minute. La flamme de la torche se reflétait dans les parois créant un phénomène de miroir déroutant. Longeant prudemment les murs pour ne pas glisser elle finit par dénicher un passage. Toutes les fibres de son corps hurlaient à présent de terreur, mais elle n’avait pas d’autre choix que d’avancer. Si elle s’arrêtait maintenant, elle finirait par mourir de froid. L’épée à la main elle continua d’avancer le plus silencieusement possible, jusqu’à arriver à un embranchement. Pestant contre ce labyrinthe sans fin, elle prit celui de gauche et continua sa route. Une lueur au loin lui fit presser le pas. Qu’importe ce qui l’attendait au bout, elle ne supportait plus celle obscurité terrifiante. De plus, chaque pas lui rappelait son corps lourd et engourdi, elle avait besoin de faire une pause et vite. Mais arrivée à destination son épuisement fut très vite relégué au second plan.

Elle se trouvait à l’entrée d’une immense caverne, recouverte de cristaux phosphorescents aux douces lueurs bleutées. Les murs étaient incrustés de marbre, d’émeraudes, de rubis et de saphirs, les pierres semblant s’arracher brutalement à l’étreinte de la terre afin de se mêler aux colonnes de cristal. Le sol était en réalité un lac souterrain entièrement gelé, totalement transparent. Le reflet de ces lueurs féériques sur la glace faisait de ce lieu un écrin de pureté soigneusement caché aux yeux des hommes, comme hors du temps. Stupéfiée elle dévora des yeux ce paysage divin qui scintillait sous ses yeux, jusqu’à ce qu’ils se posent sur le fond de la caverne où un trône était taillé à même la roche, couvert d’étranges inscriptions. Serrant son épée de toutes ses forces elle fouilla l’endroit des yeux cherchant une quelconque présence. Rien. Elle testa rapidement la solidité du sol et entreprit de traverser lentement la caverne, les sens en alerte. « Ça sent le traquenard à plein nez » murmura-t-elle pour elle-même. Pourtant rien ne se produisit, seul l’écho de ses pas emplissait le silence de la caverne. Arrivée à proximité du trône elle s’agenouilla devant lui et inspecta les runes gravées tout autour. Elle n’avait jamais vu de telles marques et pourtant savait intuitivement comment les déchiffrer.


Puissent les âmes déchirées quémandant la vie
Trouver dans mes bras l’or et la gloire tant chérie
Que leur sang brûlant se fige dans mon étreinte
Qu’à jamais survive au temps leur brillante empreinte
Seuls vivront les cœurs où nul mensonge ne survit
Car seule la froide vérité trouve ici la vie.


- « Seuls vivront les cœurs où nul mensonge ne survit … ? Quelle ineptie. Dans ce cas aucun être humain ne ressortira jamais vivant d’ici… »

- « Quel pessimisme ! »

Le souffle dans son cou lui fit dresser l’échine et elle lâcha brusquement la torche pour asséner un coup d’épée en se retournant. Mais ce n’est que plusieurs mètres plus loin que se trouvait la femme qui venait de parler. Sortie de nulle part elle était au centre du lac gelé, souriante et provocatrice. D’une beauté diaphane, sa peau était blanche comme la neige et ses yeux clairs comme le ciel. Ses cheveux tombaient sur ses épaules en une cascade de fils blancs tandis que son corps était habillé d’une longue robe aux reflets nacrés. Sur ses épaules un châle était paresseusement posé, changeant constamment de couleur en un dégradé stupéfiant. Jouant avec l’or saillant son cou elle semblait amusée de la situation et reprit en disant :

- « Quelle heureuse surprise, je n’avais pas rencontré d’homme pouvant déchiffrer ces vers depuis… une éternité. Le dernier devait être un prince d’orient je crois, je ne me rappelle plus son nom. Un charmant garçon cependant, dommage qu’il soit parti si vite. »

Son sourire était glacial et dénué de tout sentiment, il donnait la chair de poule, à moins que ce ne soit la température qui avait brusquement chuté de plusieurs degrés à son arrivée, déposant une fine couche de givre sur ses vêtements. Les yeux rivés sur ceux de l’étrange femme elle se releva lentement, l’arme au poing.

- « Qu’êtes-vous donc ? » dit-elle brusquement

- « Quelle impolitesse ! S’adresser à moi comme si j’étais un vulgaire monstre ! Allons ! » gloussa-t-elle, « On me nomme Fria. »

- « Peu m’importe votre nom. Vous n’êtes pas humaine alors qu’êtes-vous et que faites-vous ici ? » gronda-t-elle

- « Ce que je fais ici ? Mais voyons j’habite ici ! C’est plutôt à moi de vous poser cette question très cher. Et quant à ma nature… C’est vrai, je ne suis pas humaine. Je suis ce que vous, mortels, appelez communément une déesse. Et vous êtes ici dans mon sanctuaire. »

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