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Arck by Arckhangelos

Fiche dans 'Galeries des membres' rédigée par Arckhangelos, 8 Mai 2014. Current view count: 4415.

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C'est une prise de position par rapport à l'euthanasie. Si je vous la présente, c'est essentiellement pour sa thématique car j'avoue que je ne suis pas satisfait du résultat, mais j'ai eu énormément de mal à l'écrire.

Comme un homme libre

C'est difficile pour moi de tout vous expliquer comme ça, je le sais. J'ai longtemps méditer dans ma tête avant de le demander. Je sais que certains me diront que je ne suis plus maître de moi-même et que je « dis » n'importe quoi, mais c'est décidé, je le ferais.

Il faut savoir que je suis au courant de l'importance de cet acte. La religion l'interdit mais je m'en moque, ce cas n'est pour moi en aucun traité, c'est juste une interprétation. De toute manière, il me semble que tout le monde le ferait dans ma condition actuelle. On peut être le plus fort du monde, face à la fatalité, on n'est rien. Cela a été toujours plus simple de juger lorsque l'on est à l'extérieur.

Si j'en suis là, c'est la faute à pas de chance. Il est toujours simple de chercher un coupable, un responsable. Quelqu'un que l'on puisse maudire. Cette volonté de vouloir se venger m'écœure. Même si c'est difficile, il faut accepter les choses telles qu'elles le sont. En tout cas, moi, j'ai réussi à l'accepter. Et pourtant, dans cette histoire, c'était bien moi le seul toucher.

Je n'ai peut être pas eu la chance de pouvoir vivre suffisamment dans le monde, mais ce pour ce qu'en perçois, je commence à me demander qui est le plus à plaindre. Alors pourquoi vouloir aller dans un autre endroit? Question bête. Je ne pense pas qu'il y ait quelque chose après. Je n'en vois pas la raison, et nous sommes bien loin de le mériter.

Je me sens comme enfermer dans cette enveloppe, dans ce corps qui refuse de m'obéir. Qui suis-je? On pourrait dire vulgairement que je suis un légume, quelqu'un d'amorphe. Je possède encore, je pense, la totalité de mes connaissances et de mes capacités d'apprentissage. Cependant, elles ne me sont pas utiles car j'arrive à communiquer seulement avec moi-même.

Seuls mes yeux sont encore capable de bouger. Mais je ne sais pas pour encore combien de temps. J'entends toujours. Pouvoir réceptionner l'intégralité des messages qui m'entourent sans pour autant pouvoir y répondre est le plus douloureux. J'observe, je comprends ce qui se passe autour de moi. Je n'ignore pas le dégoût des gens. Je le comprends.

Ma propre famille. Je vois leur douleur. J'écoute leurs pleurs. Je ne peux pas les aider à soulager leur peine, les rassurer, leur faire comprendre combien je les aime. Tout cela m'est impossible. Alors, j'endure en silence leur visite, puis, lorsqu'ils sont partis, je me laisse pleurer.

Il faut savoir que je ne suis pas heureux de mon état. Voir souffrir les êtres qui nous sont chers est la pire des tortures pour un homme. On peut endurer, mentir, cacher son état. Moi, je suis inerte, je suis la preuve vivante de mon état.

Le pire, c'était juste après l'accident. Je devais être vraiment moche à voir. Mes parents étaient venus avec ma petite sœur. Je ne sentais déjà plus certaines parties de mon corps, et mon cœur s'est glacé quand je l'ai entendu pleurer puis s'enfuir en courant de la chambre. Je voulais la serrer contre moi, lui dire que tout irait bien, mais mes bras refusaient de bouger, ma bouche ne voulait pas s'ouvrir. Je n'ai pas pu retenir mes larmes. Comment réagir quand on ne le peut pas ?!

Mes parents ne sont pas restés bien longtemps, eux non plus. Ils avaient beaucoup de papier à remplir et ils n'arrivaient pas, eux aussi, à me regarder dans les yeux. Je sentais alors l'effroyable distance qui s'instaurait pour la première fois entre nous. Ce ne serait pas passager...

Avec les amis, la fracture a été rapide. Au bout d'un mois, ils n'étaient que deux à venir de temps à temps. Je peux les comprendre. Mais, en même temps, c'est tout aussi cruel de montrer à quel point on se trouve rejeter d'un groupe du jour au lendemain. Avec la famille, la fréquence a diminué petit à petit, là, c'est passé de notre amitié où on se voyait presque tous les jours à un abandon total. La vie est dure et ne pardonne pas. Les éléments plus indispensables sont laissés sur le bord du chemin.

Les visites se font plus aussi moins souvent. Avant, ils venaient tous les mardis soirs, maintenant, c'est quelques fois, rarement ensemble, quand ils ont le temps, et encore, jamais longtemps Ils ont perdu espoir. Moi aussi. Je vise un autre but maintenant. Moins joyeux, peut-être, mais, j'espère ainsi atteindre la liberté. Et puis, la vie continue. Ca doit bien faire deux ans à présent.

Oui, c'est bien ça. Le triste anniversaire doit dater d'il y a peu. J'ai arrêté de suivre l'actualité donc mes seuls repères temporels sont la venue des infirmières, l'examen du médecin et l'alternance jour nuit.

Là, j'attends. Je suis comme un automate cassé qui patiente avant quelqu'un veuille bien l'emmener à casse. Ma mécanique est hors de contrôle, cela marche vraiment de manière autonome. Vivre dans ce corps, c'est vivre dans une cage. En captivité. Je suis nourri, logé, j'exprime l'intégralité de ma gratitude par le biais de mes yeux grands ouverts. J'essaye comme je peux de communiquer.

Miraculé, c'est ce qu'on dit les médecins. Je vois pas où est le miracle. La mort m'aurait été cent fois plus douce que de passer le reste de ma vie dans ce lit à ne rien faire... S'ils pouvaient lire dans mes yeux la colère que je n'arrive pas à exprimer, s'il pouvait seulement comprendre ce que je ressens, ça serait mille fois plus simple.

Je veux partir. Ca, je crois qu'ils ont réussi à le deviner. Je pensai qu'il le ferait mais pour l'instant, il n'en est rien. D'après un pseudo-spécialiste, je n'ai plus toute ma tête. J'avais envie de lui répliquer raison de plus. NE VOYEZ VOUS PAS QUE JE SUIS TOTALEMENT INUTILE!

C'est rageant. Le savoir et pour autant l'endurer et l'accepter. Ce n'est pas si facile. Ca met du temps. Mais c'est tout simplement la stricte vérité.

Vous vous demandez sûrement comment ils ont réussi. C'est pas spécialement compliqué. C'est en fait une méthode toute simple. Il suffit que vous récitiez l'alphabet à voix haute. Je bouge mes yeux dans tous les sens quand vous atteignez la bonne lettre. Le seul problème est bien sûr que ça prend un temps fou pour demander la moindre chose. Enfin, je ne réclame quasiment jamais rien. C'est surtout pour leurs foutus tests. C'est génial de servir comme cobaye.

Heureusement que certains ont abandonné quand j'ai fait exprès de répéter plusieurs fois que je voulais mourir. Un peu d'humanité s'il-vous-plaît! Je suis désolé d'avoir oublié que j'étais un légume, mais tout de même.

Depuis peu, je communique avec un médecin qui a l'air de comprendre mon état et qui veut bien m'aider. Il sait que c'est illégal. Même si je suis encore mineur. Il le fera sans l'accord de mes parents. Mais il ne peut que m'aider sinon il se compromettrait. C'est déjà, et je le comprends, pas évident pour lui. Alors ne pas trop lui en demander, je trouve ça plus que normal. C'est un peu sa carrière qu'il met en jeu.

C'est un vrai suicide qu'il organise. Il m'a expliqué qu'il allait me donner des médicaments qui allaient me calmer. Cependant, si j'arrivais à avoir un fort stress, alors mon cœur devrait s'emballer et provoquer une crise cardiaque. Après, seule « la chance » pourra influencer sur le résultat final. Ils m'a expliquer cela rapidement et est resté très évasif tant qu'aux produits utilisés. Il faut dire que c'est pas trop le genre de sujet sur lequel on s'étend dans un hôpital...

Il m'a ensuite appris à orienter mes rêves dans la direction que je voulais pour que cela me soit utile le moment venu. Il m'a demander de choisir quelque chose qui m'avait terrifié, une peur intérieure, indéfinie. Ce fut pas bien compliqué. Rien qu'à penser à mon accident, j'ai l'âme qui frissonne.

Il est venu m'annoncer un soir, que tout était « en place ». Il s'est penché vers moi et m'a soufflé un « bonne chance » à l'oreille avant de partir en atteignant la lumière. Décharge d'adrénaline. Je suis stressé, est-ce que je vais réussir? Il me faut maintenant montrer toute la force de ma volonté. Ne pas flancher, ne pas se retourner et y aller, droit devant, vers un monde meilleur.

Je sens l'effet des drogues s'immiscer dans mon esprit. La tête qui tourne, l'esprit qui se brouille. Alors je m'accroche à mes souvenirs. Je les sélectionne, et dans ce méandre d'informations, je me mets à la recherche de cette douleur. Etouffante, j'ai l'impression que j'ai du mal à respirer. C'est vraiment une sensation désagréable. Mais, je continue, je ne dois pas m'arrêter. Il est temps pour moi de revivre ce passé.

C'était une soirée d'hiver. Il neigeait. Les flocons dansaient dans la nuit. La neige fraîche déposée sur le sol diffusait un peu plus la lumière des réverbères. Je marchais sur le trottoir, regardant le ciel, émerveillé comme toujours face à ce spectacle qui se déroulait sous mes yeux.

Au détour d'un virage, je traversai à mon rythme le passage piéton. J'étais à peine à mi-parcourt quand de vives lumières et un bruit de moteur se rapprochèrent à grande vitesse vers moi. Un bruit de klaxon se fit entendre, mais je n'avais pas eu le temps de faire quelques pas que déjà l'engin m'atteignait.

Et alors vint un choc épouvantable, un bruit de métal en premier, puis de multiples craquements intérieurs, partant de la zone d'impact et se propageant dans le reste de mon être. Une horrible sensation de fragilité m'envahit.

Mon corps fut projeté au loin sur un bas côté. Je sentis de nouvelles souffrances à l'arrivée. Mon cerveau recevait des informations multiples des quatre coins de mon organisme. Trop pour pouvoir analyser. La douleur, seule restait omniprésente et dominait ce désordre interne.

J'étais allongé sur le ventre, complètement perdu. Je devais ressembler à un pantin désarticulé. Je n'arrivais pas à crier toute ma douleur, ma bouche était remplie de sang. Je priais pour que le supplice d'arrête. Il faisait étrangement chaud autour de moi. Je perdis la vision dans un premier temps, puis, le silence apparu. Une longue et terrible attente, au bord de l'agonie. Des images défilaient à toute vitesse dans ma tête.

Soudain, un bruit sourd, puis un deuxième. Faibles, mais ils résonnent dans tout mon corps et appelle à la vie. Peu à peu la douleur réapparait. NON! Je dois stopper cela. Il est temps de tout arrêter. Calme toi, ce n'est pas si compliqué!

Je me détend, je bloque ma respiration. Et j'attends patiemment ma libération.

J'entends des voix tout autour de moi. Cela s'agite, ça crie. Laissez-moi, je ne reviendrai pas, je n'ai pas envie. J'ai suffisamment attendu, maintenant, je crois que je peux partir...

Je sens une nouvelle paix intérieure s'établir et, tout bas, j'entends comme un murmure me dire adieu.

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Arckhangelos

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2 commentaires dans la discussion Galerie Arck by Arckhangelos

  1. Caro

    Caro8 Mai 2014

    Pour l'instant je n'ai lu que les avant propos en cherchant un texte qui t'aurait été inspiré directement par cette muse dont tu parles dans ton intro, mais aucun ne m'a semblé correspondre. Peux-tu assouvir ma curiosité?
  2. Arckhangelos

    Arckhangelos12 Mai 2014

    Haha, une question assez facile à répondre. La muse a été une source d'inspiration que je qualifierais de secondaire. Il y a des choses que j'ai écrit qu'elle m'a plus ou moins inspiré mais qui ne sont pas présents dans cette galerie. Cependant, à l'époque, je l'ai plus ressenti comme une sorte de carburant, quelque chose qui te pousse à continuer, de donne une certaine motivation plutôt que la vision romantique et contemplatif de la chose à savoir : vanter les qualités de la belle, sublimer... Lire la suite
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