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Arck by Arckhangelos

Fiche dans 'Galeries des membres' rédigée par Arckhangelos, 8 Mai 2014. Current view count: 4611.

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J'ai été inspiré par une dispute de mes voisins sous l’emprise de l'alcool, un soir, à l'internat. Les murs étant fins, j'ai profité pleinement de leur dispute. Heureusement, la violence n'est pas allée au-delà des mots malgré l'ambiance pesante et j'en remercie les médiateurs.
Avec cette expérience, je me suis dit que ce serait bien de faire quelque chose sur cet aspect sonore. Ce stress de ne pas voir et de devoir tout imaginé à partir des sons entendus.

A travers la cloison


« Une porte claque. Je me réveille en sursaut. Mon père vient d'arriver. Encore un fois, il rentre tard. Il n'a plus d'excuses valables. Il est maintenant au chômage. Viré.

J'entends ses pas sur le parquet du salon. Il a bu. Trop. Ma mère le réprimande mais à quoi sert de déverser les mêmes litanies, si elle sait que d'ici deux jours, elle devra lui faire la même scène. Je le vois déjà tramer en s'appuyant contre les murs pour aller soit aux toilettes soit se coucher. Tandis qu'elle, elle continue dans son coin, un coussin contre le ventre, à débiter ses paroles avec sa voix brisée par les larmes.

Puis, petit à petit, le calme revient. Elle essuie ses yeux et part rejoindre son mari. Elle lui chuchote quelques mots auxquels il répond par des grognements. Rassurer par le ronflement de ce dernier, je me retourne dans mon lit et plaque une main sous l'oreiller tandis que l'autre agrippe ma peluche préférée.

Des cris. Une dispute. La soif a vaincu le sommeil. Le corps dit non mais c'est la tête qui a pris la décision. Ma mère tente en vain de le raisonner. Impossible. Il ne veut que de l'alcool. Ses lourds pas maladroits résonnent sur le plancher. Il faut agir. La peur est trop forte. Elle dévore les entrailles.

Pas la force. Plus la volonté. Pourquoi le stopper alors qu'il va forcément l'obtenir? Souffrance. Ma mère se remet à pleurer, mon père continue de boire comme si de rien n'était. Elle revient dans la chambre. Sa fine robe frotte contre le mur. Elle ouvre des tiroirs de sa table de chevet à la recherche de quelque chose. Une boîte de calmant peut-être.

Je la vois bien après essuyer ses larmes, du revers de sa main, renifler, puis se plaquer les mains sur le front avant de se passer les doigts dans les cheveux ; soupirer un coup et avaler d'une traite le cachet et une gorgée d'eau. Mais rien ne change...

Mon père beugle. Sa voix de centaure arrive jusqu'à mes oreilles mais il ne s'agit que d'un flot inarticulé. Ma mère s'approche et lui demande le plus doux possible d'arrêter de s'énerver. Il n'a pas l'air d'avoir compris.

Un objet vient s'écraser conte le mur. Un bruit de verre. Brisé. J'imagine sans problème la stupeur de ma mère. Ses yeux fixés sur la trajectoire de la bouteille. Il doit vraiment être bien éméché.

J'hésite à sortir du lit. Non. Je ne ferai que les gêner. Ici, je suis en sécurité.

Ma mère rage. La calme a disparu. Elle commence à crier n'utilisant plus aucunes méthodes de persuasion ni de conviction, elle s'énerve sur cette masse informe avachie sur le canapé et qui boit en se moquant du reste du monde. Cela dure un temps interminable pendant lequel j'entends le bruit du gosier de l'ivrogne se resserrer pour faire passer l'alcool.

Sa voix rauque arrête ma mère et il se lance à son tour dans un long monologue monotone interrompu de temps en temps par une rasade ou un reniflement.

On pense alors que c'est fini, qu'ils vont retourner se coucher. Mais non. Ce n'est que le commencement.

Son ton est de plus en plus agressif, en même temps, le volume sonore crescendo. Il s'agite. Il fait des mouvements larges et non sûrs, des bouteilles tombent, certaines se brisent, d'autres roulent sur la table basse.

Ma mère doit être effarée. Elle ne sait pas comment réagir.

Il se lève, le parquet craque sous ses pas. On devine tout de suite que sa marche n'est pas sûre. Il plaque ses mains contre les murs pour se stabiliser.

Il doit maintenant être tout près d'elle. Il l'insulte, la désigne surement du doigt pour renforcer ses propos. Il continue sa plaidoirie, il dévie du sujet principal, raconte des problèmes, il dévie du sujet principal, raconte des problèmes très variés. A chaque fois, c'est elle qu'il accuse. C'est elle la coupable!

Je pense qu'elle a les larmes aux yeux. Ça fait mal quand on nous désigne en tant que fléau de l'humanité, ennemi des Hommes, LA personne à éliminer. Toutes les causes de la misère mondiale incarnée en un seul être.

Ma mère tente de se défendre, de le rappeler à la réalité, mais il est trop tard, son esprit est obsédé par cette idée. Il est aveugle. Il ne voit plus rien autour.

Il passe à l'acte. Il débute en la poussant en arrière. Elle reste de marbre. Elle cherche à comprendre ou sinon, elle a trop peur pour réagir.

Elle cogne un mur. Pousse un cri léger. Mon père jubile. Il a réussi à lui faire mal. Il passe à la vitesse supérieure et écrase ses lourds poings sur le corps plutôt chétif de sa femme. C'est lui le sauveur.

Ma mère essaye de crier, mais sa voix est coupée. Elle a tout encaissé. En face, mon père s'essouffle. Il retourne en titubant au salon.

De son côté, elle essaye d'avancer à l'aide du mur. Appeler la police. Arrêter cette violence. Pas la petite. Elle s'éloigne de lui lentement, elle n'a plus de forces. Elle souffre énormément. Mais elle refuse d'abandonner maintenant, alors elle se déplace, en serrant les dents.

Soudain, elle est bloquée. Elle comprend pas pourquoi. C'est mon père. Il lui retient sa jambe. On peut à coup sûr, lire la peur dans ses yeux.

Un bruit d'impact. Du verre et du rouge s'étalent sur le sol. Le corps s'arrête de bouger. Silence. Personne ne bouge.

Je suis prix de panique. Je me lève. Je vais vers la porte. Ma main se trouve sur la poignée. Je sens quelque chose de bizarre à mes pieds. J'allume la lumière et je recule...

Je pousse un cri. Je ne peux pas m'arrêter. Mon imagination a pris le dessus, je reconstruis toute la scène. »

La jeune fille tout juste sortie de l'adolescence se tut et releva lentement sa tête. On pouvait lire sur son visage toute la difficulté qu'elle avait éprouvé à raconter ce souvenir.
« Merci de votre témoignage.
Le dévoiler huit ans plus tard, ce n'est pas trop grave?
Non. »

Elle quitta la pièce.

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Arckhangelos

Arckhangelos

Auteur de 87 fiches
Dernière publication : Peuple de l'Abîme (Le) (index Oeuvres Littéraires et des Beaux Arts)

Le mot de l'auteur :

Avatar Révolté de Classe Karmique, Harceleur Angélique d'un Naturel Gourmand, Éveillé à la Littérature, Original Spécimen

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2 commentaires dans la discussion Galerie Arck by Arckhangelos

  1. Caro

    Caro8 Mai 2014

    Pour l'instant je n'ai lu que les avant propos en cherchant un texte qui t'aurait été inspiré directement par cette muse dont tu parles dans ton intro, mais aucun ne m'a semblé correspondre. Peux-tu assouvir ma curiosité?
  2. Arckhangelos

    Arckhangelos12 Mai 2014

    Haha, une question assez facile à répondre. La muse a été une source d'inspiration que je qualifierais de secondaire. Il y a des choses que j'ai écrit qu'elle m'a plus ou moins inspiré mais qui ne sont pas présents dans cette galerie. Cependant, à l'époque, je l'ai plus ressenti comme une sorte de carburant, quelque chose qui te pousse à continuer, de donne une certaine motivation plutôt que la vision romantique et contemplatif de la chose à savoir : vanter les qualités de la belle, sublimer... Lire la suite
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